Des habits qui soignent ?! Rencontre avec Frédéric Leroy.

Ayurvastra-Fabric-Medicinal

En Inde, les gens soignaient certaines maladies en portant des textiles imbibés de plantes médicinales ».

Après avoir travaillé pour de grandes marques vestimentaires et monté son entreprise de vêtements de pêche*, Frédéric Leroy crée une gamme de textiles imbibés de plantes médicinales qui pénètrent la peau. Passionné par la technicité des vêtements et concerné par les problèmes de toxicité qu’ils peuvent engendrer, il adapte cette méthode ancestrale pour mettre au point les premiers vêtements qui soignent.

L’idée m’a tout de suite beaucoup plus ! Je me suis empressée de partager ça avec vous 😉 L’article se présente sous forme d’interview où Frédéric Leroy explique en grande ligne son projet et nous éclaire sur ce chouette concept !

  • Comment vous est venue l’idée de développer une gamme de textiles « Bien-Être » ?

Un partenaire Indien m’a fait découvrir l’Ayurvastra. C’est un procédé traditionnel qui était utilisé avant l’arrivée des médicaments et qui est employé encore aujourd’hui par les populations les plus pauvres. Il s’agit d’imprégner des textiles de plantes médicinales pour qu’elles pénètrent par la peau. Pour que ce soit efficace, il faut utiliser des textiles avec lesquels on a un contact prolongé comme des draps, des vêtements d’intérieur ou des revêtements de matelas.

Depuis que l’OMS a reconnu l’Ayurveda comme médecine traditionnelle, ce procédé revient à la mode et la région du Kerala est très active pour le développer et démontrer son efficacité. L’université Ayurvédique du Kerala a mené des études et a montré que l’Ayurvastra permettait une amélioration des symptômes de l’eczéma, du psoriasis et des rhumatismes en moins d’un mois. L’utilisation traditionnelle de cette méthode montre qu’elle pourrait aider au traitement d’autres maladies comme le diabète, l’asthme, les migraines, l’hypertension et l’arthrite.

  • Quelles sont les plantes utilisées ?

Le curcuma est largement utilisé dans la culture Indienne pour ses propriétés anti-inflammatoires et antioxydantes. On utilise la tulsi pour diminuer la douleur des rhumatismes, le bois de Santal pour ses propriétés relaxantes, les feuilles de margousier pour leurs propriétés antiseptiques et pour traiter l’eczéma et le psoriasis. Une même plante peut avoir plusieurs applications : le bois de Santal par exemple peut être utilisé pour ses propriétés relaxantes et pour purifier la peau. En Ayurvastra, on utilise un mélange d’une soixantaine de plantes qui peuvent agir en synergie. Il y a toujours une plante dominante qui varie selon l’application thérapeutique que l’on veut donner au vêtement.

  • Y a-t-il des contre-indications ?

Nos produits ne sont pas adaptés pour les enfants parce que l’effet des plantes peut être puissant sur leur organisme. Mais traditionnellement en Inde, les nouveau-nés étaient enveloppés dans des textiles qui contiennent un mélange de plantes antibactériennes. Il faudrait donc développer une gamme spécifique avec des dosages particuliers pour les enfants.

  • L’industrie textile utilise de nombreux composés chimiques nocifs pour teindre les vêtements, les rendre infroissables, indéformables, etc. N’y a-t-il pas un risque d’exposition à des substances toxiques avec ce genre de vêtements ?

Pour ma part j’utilise des fibres naturelles comme le coton, la soie, le lin, issue de l’agriculture biologique. Il existe une certification, GOTS (pour Global Organic Textile Standard), qui assure que 70% des fibres textiles utilisées sont bio et que tous les acteurs de la filière respectent un certain nombre de critères environnementaux. Ensuite, les plantes utilisées comme le curcuma et l’indigo colorent naturellement les vêtements, il n’y a donc pas besoin d’utiliser de teintures chimiques. On utilise des résines d’arbres pour fixer les mélanges de plantes sur les fibres textiles.

Les principes actifs des plantes ont une taille de l’ordre du nanomètre, ils passent dans l’épiderme sans que l’on ait besoin de joindre un solvant chimique. Pour nettoyer les vêtements, nous conseillons d’utiliser des savons ayurvédiques à base de plantes qui sont moins agressifs que les lessives. Ils permettent en plus de préserver les qualités thérapeutiques du vêtement qui s’estompent naturellement au bout d’une trentaine de lavages.

  • Vous allez prochainement commercialiser une gamme de textiles « Bien-Être », quels articles proposez-vous ?

Je propose des articles que l’on utilise dans des moments où le corps se régénère naturellement, comme pendant le sommeil ou la méditation. Avec mon partenaire Indien, nous avons développé une gamme de linge de lit, des vêtements d’intérieur et des pyjamas pour apaiser les troubles du sommeil, le stress et les allergies. On s’adresse aux personnes qui travaillent en costume ou qui portent un uniforme toute la journée et qui veulent se mettre à l’aise quand elles rentrent chez elles. Cette gamme peut également intéresser les gens qui pratiquent le yoga car certains vêtements contiennent des plantes aux vertus relaxantes et ils sont très confortables.

Nous avons également le projet de développer une gamme d’articles de voyage en soie et coton et de travailler avec des spas et des structures qui accueillent des personnes âgées pour faire évoluer nos produits. Tous nos produits sont faits de manière artisanale en Inde dans une petite structure et nous souhaitons rester sur de petits volumes de production. Garder à l’esprit une démarche écoresponsable me tient à cœur : les vêtements sont vendus dans des housses en coton et un savon ayurvédique est offert pour l’entretien. Nous souhaitons à terme pouvoir financer des associations ou des projets de développement.

* Field and Fish : 04 50 09 01 92 – www.vetements-peche-mouche.com

Ayurvastra-Fabric-Fashion

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Propos recueillis par Morgane Vedrines que j’ai eu l’occasion de lire dans l’Alternatif Bien-Être n°95 Juillet/Août 2014

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