Toulouse, le peuple dans la ligne de tir…

Article plus personnel cette fois-ci… A vrai dire je n’avais pas prévu de publier un article sur la manif à laquelle je me suis rendue avec mon jules samedi 8 novembre. Mais toute à l’heure je l’ai surpris entrain de lire un article d’Hélène Duffau, dont j’ai déjà publié un texte, qui a titillé ma curiosité. A peine l’avais-je finit que je le trouvais en accord parfait pour accompagner mes photos de l’évènement. Et voilà j’ai eu envie de vous partager tout ça, pour dénoncer ce qui se passe.

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À Toulouse, la guerre contre le peuple est déclarée

Je réponds par ma présence à l’appel à se rassembler contre les violences policières, samedi à Toulouse. C’est dans le train que je découvre l’interdiction de la préfecture à manifester, relatée par la Dépêche du Midi.

Gendarmes mobiles, CRS au rendez-vous. En nombre.

Le regroupement débute dans le calme. Sit-in, minute de recueillement pour Rémi. Nous attendons la levée d’interdition de la préfecture. Nous sommes nombreux.ses : 300 diront des journaux, nous sommes bien plus que cela.

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Vers 14 h 30, l’annonce est faite que la préfecture autorise finalement un court parcours en direction de la médiathèque Cabanis. Nous avons la permission de remonter ce qu’on appelle ici les Champs-Élysées, les allées Jean-Jaurès. Pas plus.

Les participant.es quittent la place pour les allées. Avec un petit groupe, je reste à l’arrière du cortège. Aussitôt le carrefour franchi par le plus grand nombre des manifestant.es, les CRS encerclent l’accès et filtrent les passants. Quelque 30 minutes plus tard, ils intiment l’ordre d’avancer. Je refuse, suis poussée, bousculée. Dans tous les sens du terme, je ne fais pas le poids. La sortie hors du périmètre encerclé m’est interdite. Les forces s’organisent pour bloquer le passage. Par la chaussée, les fourgons de CRS grilles déployées s’imposent sur les voies de circulation. Cordons de  gendarmes mobiles bouclier-casque-tonfa-masque à gaz-bottes-et-le-reste de part et d’autre sur les trottoirs. Filtrage des passants qui peinent à sortir de la nasse.

Comme à Toulouse et à Nantes la semaine précédente, souricière prestement installée.

Le cortège est plus haut. S’apprête-t-il à redescendre ? Mouvement de foule soudain dans la perpective : une ligne de forces de l’ordre divise le rassemblement. Aussitôt, tirs de lacrymos. Cris, sifflements de la foule, les allées s’emplissent de fumée. Des tirs encore. Des manifestants descendent en courant, yeux rougis, toux au corps.

De bas en haut de l’avenue, nous sommes divisé.es et pris.es au piège. Tirs de lacrymos. Sortie impossible.

Partage de citron, sérum physiologique, quelques masques de coton. Inquiétude sur les visages. Incompréhension aussi. Des mots d’encouragement, de soutien. Ça va aller. Le rassemblement a été perforé par la violence policière. Sentiment criant d’injustice. De colère. De rage aussi.

La pression s’estompe. Dans une sorte de calme retrouvé, nous patientons longuement. Personne ne casse. Tout le monde se tient. Des tags ici ou là. Quelques appels donnent des nouvelles de l’autre partie du cortège : en haut, pas mieux qu’en bas, souricière et maintien sous cloche pour tout le monde.

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Tentative collective de remonter les allées : nouveaux tirs de lacrymos. Une faction de gendarmes mobiles se tient aux abords des ruelles perpendiculaires. On ne passe pas. L’hélicoptère de la gendarmerie survole les lieux depuis un moment, les échanges vont bon train entre les troupes et leurs responsables aux walkietalkies.

Alerte générale : les gendarmes mobiles enfilent leurs masques, nous imaginons le gazage imminent. Incrédules, nous faisons rapidement circuler les portions de citron. Partageons notre refus d’y croire : ce n’est pas possible, nous sommes coincés dans le piège tendu, ils ne peuvent tout de même pas… Sirènes aiguës, les fourgons grillagés avancent sur les allées. Les gendarmes poussent, rejettent, tapent de leur matraque sur des poteaux, ordonnent de dégager.

Une énorme machine se profile depuis le boulevard Carnot, toute en sirène.

Canon à eau. Je n’en crois pas mes yeux. Des images des affrontements anti G8 de Rostock, de Gênes traversent mon esprit. Non, pas ici, pas contre ce rassemblement nécessaire, sans heurts jusqu’à ce que les forces de l’ordre…

Tout est parfaitement serein dorénavant, dans l’inquiétude désarmée avant l’assaut. Pourquoi cet attirail ?

Du mouvement dans tous les sens et le mot circule : une ruelle est ouverte qui permet de rejoindre le boulevard de Strasbourg. Je quitte la souricière. Aussitôt, une scène ahurissante sur le boulevard. Une équipe en civil-casque-tonfa-lacrymo-brassard se propulse sur un homme. Les quatre membres empoignés, il est tiré traîné sur le bitume devant les yeux de la foule médusée. Des cris de contestation, des sifflements. Nous nous approchons de la scène pour dire notre désaccord, menace de lacrymo en riposte. L’homme est brutalement immobilisé au sol, menotté dans le dos, sa figure écrasée sur le bitume. La scène dure terriblement.

Photographies, films. Les civils-casqués se prêtent au jeu de la photo souvenir. Le genou sur la proie comme d’autres le pied sur la peau de la bête abattue, ils paradent, ils ont tout leur temps. Surgissent des gendarmes mobiles derrière leurs boucliers qui encadrent le groupe d’assaut. Fourgon déboulant en hurlant sur le boulevard. On embarque le contrevenant. Le fourgon s’éloigne et la bande de civils en uniforme galope vers sa prochaine cible. Rebelote : violence d’assaut devant les objectifs.
Rien ne les arrête, rien ne les retient, rien de les dérange…

Je quitte les lieux des doutes pleins la tête. Des questions plein le corps. Quelle est cette stratégie étatique ? À quoi joue-t-on dans cette ville ? Deux semaines après le drame de Sivens qui a coûté la vie à un jeune de 21 ans, mort parce que les forces de l’ordre ont jeté dans sa direction une grenade qui aurait dû être projetée au sol, les boulevards de Toulouse se transforment en piège d’une part, en invraisemblable rodéo d’autre part. Deux semaines après la mort de Rémi Fraisse pour lequel l’État n’a donné aucun nom, démis aucun fonctionnaire, c’est comme si rien ne s’était passé. Alors que dénonciation est faite de la violence répressive des forces de l’ordre, celles-ci piègent délibérément le cortège, instillent la peur et la violence, répriment.

Tout est dorénavant fait pour que le monde entier sache qu’ici, à Toulouse comme à Nantes ou à Sivens, la guerre est déclarée contre le peuple.

Qui donne ces ordres iniques ? Que cherche-t-on à dissimuler en agitant l’agression et la violence policières ?

Comme si, grâce à ces images brutales, l’intoxication faite aux esprits pouvait grandir : ne bougez pas, ne faites rien, nous sommes là, nous avons désigné l’ennemi et nous le jugulons. Comme si, ici, usant les Toulousains et les riverains en s’acharnant contre les manifestants, l’État — avec bien des médias en relais — liguait et divisait la population : les pour, les contre, les uns contre les autres. De fait, « on » ne parle plus que des « violences », rarement du fond du dossier, du passage à un autre modèle agricole. Et cela paie : un élu tarnais appelle ses collègues à manifester contre les manifestants, les opposants, ceux qui dérangent l’ordre républicain.

Comme si, ce faisant, l’État tentait d’étouffer l’indigence du dossier du barrage de Sivens, mené par des barons socialistes, en pointant du doigt chez les autres des violences qu’il provoque lui-même depuis le 1er septembre 2014. Comme si l’État obligeait à regarder ailleurs, empêchant l’indignation de s’exprimer collectivement. Enterrant, ce faisant, les mouvements sociaux contre les violences policières, mais aussi contre les projets d’accord Tafta, Ceta, Tisa, dénoncés dans la rue le 11 octobre, deux semaines avant la mort de Rémi.

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Dans les rues de Toulouse samedi, j’ai vu les forces de l’ordre coordonner, grandeur nature, la répression contre la révolte qui monte. Leurs cobayes dans la nasse, elles ont pu réviser les méthodes offensives contre ceux qui résistent.

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